123soleil

16 juin 2015

Le palmier (Méditations sur le chemin d’Emmaüs)

Publié par papiercaillouciseaux dans Non classé

Héhé !

Eux, je les ai déjà vus !

Il n’y a pas longtemps, ils rentraient dans la ville… Ce n’est pas comme si je remarquais tous les gens qui rentrent dans Jérusalem, je suis ici depuis si longtemps, pensez donc, bientôt un siècle ! J’en ai vu beaucoup et tous ne restent pas dans mes souvenirs… mais eux, je sais que je les ai déjà vus !

Il faut dire que la dernière fois, ils n’étaient pas discrets… ils étaient bien plus nombreux que deux, ils étaient avec une foule immense qui vociférait et qui chantait ! Ils étaient arrivés tôt et s’étaient mis en place en coupant certaines de mes branches… je sentais une excitation incroyable dans l’air et je ne savais pas bien pourquoi ils étaient ainsi !

C’est alors que j’ai vu un groupe d’hommes d’âges et d’origines différents qui arrivaient. Certains sont entrés rapidement dans la ville. Je les ai vus ressortir peu après avec un petit âne, tout jeune… Je me suis demandé ce qu’ils voulaient en faire et je les ai vus aller vers leurs amis. L’un d’eux est monté dessus. Ce petit âne semblait habitué à cela alors que je suis certain que c’était la première fois qu’il avait quelqu’un sur le dos.

Quand ils se sont approchés de l’entrée de la ville, la foule était en liesse, les gens riaient, pleuraient, criaient : « Hosanna, au plus haut des cieux ! »

Je les ai vus ces deux là qui étaient parmi la foule et qui tentaient de voir au mieux l’homme monté sur l’ânon. Ils avaient l’air de recevoir un cadeau incroyable, ils avaient l’air d’être vraiment convaincus par cette entrée, comme si elle était la réponse à toutes leurs questions !

Je ne sais pas pourquoi, mais je les ai trouvés tous « trop ». Trop excités, trop heureux, trop convaincus, trop joyeux, trop démonstratifs… Je n’ai pas l’habitude de ça, dans ce peuple, les gens sont généralement beaucoup plus calmes, beaucoup plus discrets. Cela ne leur ressemblait pas du tout, mais alors pas du tout !

Aussi quand je les ai vus ces deux là sortir de Jérusalem l’air beaucoup plus sombre qu’une dizaine de jours auparavant, je me suis dit : pas étonnant !

Il faut dire que depuis quelques jours les gens sortent par dizaine de la ville. C’est normal qu’après la Pâque la ville se vide, mais à ce point, je ne l’ai jamais vu. En principe, surtout, ils sont heureux de s’être rassemblés, ils sont heureux d’avoir retrouvé les leurs pour se souvenir de la sortie d’Egypte. Mais là, ils sont tous très bizarre, ils quittent précipitamment les lieux, la tête baissée, en essayant d’être discrets… Il faut dire que celui qu’ils avaient acclamé sur son ânon a été condamné à mort, pour lui, la Pâque, ça n’a pas été vraiment un bon moment, ça n’a pas été un moment de joie. Ils l’on accroché sur les poutres qu’ils avaient faites avec le tronc de mon vieil ami le cèdre. Et il est mort peu de temps après. Ce qui est étonnant, c’est qu’au moment où il a poussé son dernier cri, il a fait nuit d’un coup, ça a été la panique dans toute la ville les gens ont hurlé, ils ont jeté l’eau, se sont réfugiés dans leurs maisons en barricadant tout !

Oui, vraiment, ça a été des jours très étonnants !

Je crois, que je vous ai tout dit, moi qui siège à l’entrée de la ville, dit tout ce dont j’avais été témoin…

Ah non, j’ai perdu le fil… il faut dire qu’à mon âge, ça peut devenir fréquent !

Donc mes deux bonhommes sur cette route quittant Jérusalem… ils marchaient et je les observais. Je suis si haut que je vois loin le long de la route. Ils marchaient et ne remarquaient pas que celui qu’ils avaient acclamé les suivait. Ils ne remarquaient pas qu’ils étaient accompagnés. Ce n’est qu’au bout d’un moment qu’ils s’en sont rendu compte et qu’ils se sont mis à lui parler.

Ils avaient l’air très intéressés par cet homme, ce petit homme qui pourtant avait été déclaré mort !

Tellement mort, qu’ils ne se rendaient pas compte de qui était celui à qui ils parlaient. Mais ils semblaient lui faire confiance et s’intéresser réellement à ce qu’il disait. Je le voyais qui se présentait comme un enseignant et eux avaient l’air de bons élèves, attentifs, passionnés…

Ce qui s’est passé après, je ne le sais pas. Le chemin a tourné et je les ai perdus de vue.

On nous traite de sages, nous les vieux arbres, et je pense que ce jour-là, j’ai compris avant eux ce qui allait se passer.

J’ai imaginé la suite de leur chemin. Ils allaient entendre les enseignements de cet homme à l’ânon sans savoir qui il était. Ils allaient entendre ses paroles, ses histoires, sans comprendre, comment il se faisait qu’il en savait tant. Ils allaient continuer leur marche avec lui, sans comprendre que désormais le voir ou pas n’aurait plus vraiment d’importance, ce qui comptait c’était de savoir qu’il marcherait pour toujours à leurs côtés.

Ils allaient arriver à une étape comme le jour se terminerait et entrer dans une auberge. Ils allaient inviter l’homme à manger avec eux pour profiter encore de ce qu’il aurait à leur enseigner.

Plus tard, ils découvriraient qui il était par un signe, par un symbole, par une parole… ils comprendraient et plus jamais ils ne seraient seuls, plus jamais ils ne se sentiraient abandonnés.

Ils ressentiraient une chaleur au fond d’eux et un bien être comme jamais…

Oui, j’en étais certain, demain, j’allais les revoir, rentrer à nouveau dans Jérusalem pour annoncer que celui pour qui ils auraient tout donné était ressuscité !

16 juin 2015

Le chien (Méditation sur le chemin d’Emmaüs)

Publié par papiercaillouciseaux dans Non classé

C’est connu, les juifs n’aiment pas beaucoup les chiens… c’est pour ça que je les ai suivis à distance. Je n’avais pas très envie qu’ils me rejettent à coups de pierre… Il faut dire que les grands écrivains de ce peuple n’ont vraiment rien fait pour mes condisciples. Déjà David, leur grand roi d’il y a au moins mille ans parlait des ennemis et des agresseurs en les traitant de chiens… Il disait : « Le soir, ils reviennent, grondant comme des chiens ; ils rôdent par la ville. Ils errent en quête de nourriture ; s’ils ne sont pas repus, ils passent la nuit à geindre. »Ps 59,15s.

C’est qu’à Jérusalem, d’où je viens, il n’y a plus rien à manger dans les poubelles. Dans la ville, c’est la pagaille. Les gens semblent avoir peur. Peur de tout, peur de tous. Ils se terrent chez eux, comme si la malédiction allait leur tomber dessus. Alors, je ne fais pas trop le malin, je ne quémande pas aux portes. J’ai l’impression que tout le mal va m’arriver si j’insiste un peu trop.

Alors je les ai suivis à distance. Sans trop faire de bruit… même si j’avais faim, même si j’avais soif. Je les ai suivis parce qu’ils avaient l’air d’avoir la même détermination que moi. Ils voulaient quitter la ville, comme moi. Ils cherchaient un ailleurs, comme moi. Ils étaient interloqués par ce qui s’était passé en ville, comme moi.

Oui, c’est vrai, j’étais là, il y avait eu un grand procès sur la place, les gens hurlaient, vociféraient, jetaient des ordures. Ils voulaient tuer le petit homme tout maigre… et garder en vie le gros à l’œil teigneux. Moi, j’aurais fait l’inverse. J’aurais gardé le petit maigre. Je l’avais déjà vu celui-là, je l’avais même suivi parfois. Quand il passait avec sa clique de disciples, les gens leur offrait à manger et il y avait souvent des restes… j’en profitais, moi.

Alors quand j’ai vu que c’était lui qu’on voulait condamner à mort, je suis resté là à observer. J’ai vraiment eu peur… c’était la première fois de ma vie de chien que j’avais peur pour un homme. En général, je les considère comme des outils qui me servent à manger, mais là, celui-là, je ne sais pas, je l’aimais bien…

C’est pour ça, je crois que j’ai suivi les deux hommes, plus encore que parce qu’ils quittaient la ville, mais parce qu’ils semblaient être des sympathisants du petit homme maigre. Ils marchaient depuis un moment déjà et j’ai ressenti un truc bizarre, le jour commençait de tomber et je ne voyais pas toujours très bien, mais d’un coup, ils étaient trois. Prêt à gronder sur cet intrus qui venait vers mes deux marcheurs, je me suis soudain arrêté. Mon aboiement est resté dans ma gorge… cette allure, cette tenue, cette posture, je l’avais déjà vue ! Mais c’était le petit maigre !

J’ai senti l’air pour en être certain, mais rien de me venait au nez… pourtant j’en étais certain, c’était lui… et les deux autres qui ne se rendaient compte de rien… ils croyaient qu’ils avaient juste croisé la route d’un inconnu marcheur comme eux alors qu’ils étaient avec celui dont ils parlaient !

Tellement drôle ! Et moi, je ne pouvais rien dire, rien faire, je pouvais juste continuer de les suivre pour connaître le fin mot de l’histoire… Alors j’ai écouté, j’ai entendu qu’ils parlaient de femmes qui avaient été témoins d’événements étonnants, le petit homme avait disparu du tombeau… ça, j’ai trouvé étrange. Avec la pierre qu’ils avaient roulée devant, aucun de mes amis chiens n’avait pu aller le manger !

Etonnant… et encore plus étonnant la réponse qu’il leur a donnée… c’était comme s’il se moquait d’eux, comme s’ils avaient besoin d’un cours de judaïsme… eux, des pratiquant fervents ! Eh bien oui, le petit maigre leur a rappelé toute l’histoire depuis l’égyptien jusqu’aux prophètes en passant par ce roi David qui ne m’aimait pas !

Ca les a impressionnés, ils avaient envie d’en savoir plus sur cet homme qui les avait rejoint alors, comme la nuit commençait à être vraiment épaisse, ils se sont arrêté dans une auberge et l’ont invité à rester avec eux… Lui, il n’a rien dit, il s’est assis et a rompu le pain comme les gens de Jérusalem racontaient qu’il avait fait juste avant de mourir !

C’est à ce moment-là que les deux ont compris… mais trop tard, il avait déjà disparu ! D’un coup, comme ça, disparu ! Là, je n’ai pas pu m’empêcher de japper…

Et le miracle pour moi, c’est à ce moment-là qu’il est apparu, un des deux hommes a tendu le bras vers moi et ma gratouillé la tête. Je n’avais jamais vécu cela… il voulait me rassurer, lui qui faisait partie du peuple qui me pourchassait depuis si longtemps… il voulait me rassurer, me faire comprendre qu’avec moi, ils avaient vécu un miracle, que je devenais un témoin… et c’est peut-être à ce moment-là que ceux de ma race n’ont plus été des brigands, mais des amis fidèles…

 

16 juin 2015

Le bâton (Méditation sur le chemin d’Emmaüs)

Publié par papiercaillouciseaux dans Non classé

J’ai un âge incroyable ! Oh, je n’ai pas toujours vécu de manière très active, j’ai parfois été abandonné dans une remise, dans un grenier… mais tout de même, au long de ma vie, j’ai eu des moments incroyables !

C’était… oh, c’était il y a bien longtemps en Egypte… J’étais tout jeune encore presque vert… un homme du nom de Moïse m’avait à la main. Cet homme était très fort, il avait beaucoup de conviction : son but ? Libérer son peuple du pays où il était esclave !

Pas rien, comme projet, vraiment fou, comme projet… mais à force de persuasion, il y était arrivé ou presque ! Il faut dire qu’il était aidé de Dieu, Dieu qui lui donnait tous les moyens d’arriver à ses fins ! Il m’a beaucoup utilisé, je dois dire pour arriver à ses fins… Un jour, qu’il me tenait – il faut dire qu’il ne me lâchait que pour dormir – un jour, donc, il m’avait brandi devant Pharaon et j’avais dû me changer en serpent… pour impressionner le monarque !

Heureusement, j’avais retrouvé ma forme initiale après coup !

Finalement, il avait fini par réussir à se mettre en route, suivi par des milliers de personnes, des milliers d’hébreux, son peuple… Mis en route, enfin libérés par Pharaon… A voir ! A peine laissés, Pharaon était revenu sur sa décision et avait envoyé ses meilleurs soldats à leur poursuite !

Nous étions arrivés au bord de la mer et personne ne savait comment s’y prendre pour aller de l’autre côté… Notre troupe si grande avait déjà repéré qu’elle était poursuivie et tous commençaient de paniquer… pas lui, pas Moïse… Lui, il savait déjà qu’il allait m’utiliser pour passer l’eau. Il m’a alors brandi et m’a frappé à terre. Je ne sais pas comment j’ai fait cela, mais la mer s’est alors ouverte et tout le peuple a pu passer de l’autre côté. Arrivés à sec, Moïse a alors étendu sa main sur les eaux et elles se sont refermées sur l’armée qui arrivait !

Oui, j’en ai vécu des choses incroyables, quarante ans dans le désert à la main du même homme, c’est une expérience, quand même…

Et puis, je suis passé de mains en main… j’ai connu la terre promise dans la main de Josué, j’ai connu la création d’un empire dans la main de Saül, la force de David, j’ai siégé auprès de Salomon… On m’a un peu oublié j’ai passé de nombreuses années dans des remises, avec des restes de bois, pour échouer chez un charpentier de Nazareth. Je ne servais plus à grand-chose jusqu’à ce que je sois ramassé par un homme qui avait besoin d’être aidé pour marcher, un certain Jésus, le fils du charpentier qui voulait partir enseigner.

Avec lui, j’ai eu la chance d’entendre des histoires incroyables de sagesse et de connaissance, j’ai eu la chance d’être témoin de miracles et de bonheurs plus grands les uns que les autres.

J’ai eu la chance d’être le spectateur d’événements incroyables… jusqu’à être abandonné au pied d’une table un soir de la Pâque… Un repas particulier quand même puisque le jeune homme qui me tenait partait prier avant de mourir, c’est ainsi qu’il l’avait annoncé… c’est ainsi qu’il allait terminer sa nuit…

Je suis resté là et j’ai été mis dehors par celui qui a rangé la salle de repas. Appuyé contre un mur, j’ai vu affluer les gens vers la place centrale où se tenait les grandes réunions, j’ai vu courir les uns, fuir les autres. J’en ai vu rire et se moquer, j’en ai vu pleurer et se lamenter.

Il y en a un, du nom de Cléopas qui m’a repéré et qui m’a pris. Il semblait avoir du mal à avancer, non pas qu’il était tellement vieux, mais parce qu’il était assommé par ce qu’il était entrain de vivre.

Avec lui, je suis monté au Golgotha et j’ai vu mon Jésus que j’avais soutenu se faire crucifier. J’ai entendu ses cris, j’ai entendu sa mère pleurer, j’ai entendu ses proches s’effondrer et je suis parti de la ville par le même chemin que j’y étais entré mais entre d’autres mains.

Cléopas était avec un ami et ils partaient à Emmaüs tous les deux. Je me suis dit que j’allais sans doute vivre de nouvelles histoires incroyables… Tout de même : de Moïse à Jésus, quelle aventure… que pourrait-il encore bien m’arriver ?

C’est alors que Jésus nous est apparu, je le croyais mort, mais non, il cheminait avec nous. Cléopas et son ami ne semblaient pas le reconnaître. Moi-même, j’ai eu un doute… il semblait ne plus avoir besoin de moi, ne plus avoir besoin de béquille. Il semblait être beaucoup plus sûr de lui qu’il ne l’avait jamais été…

Il a parlé avec les deux hommes et leur a rappelé mon histoire, enfin… celle des grands hommes que j’avais accompagnés, il leur a rappelé que tout avait été écrit, qu’il était normal d’avoir été condamné à mort pour pouvoir revenir dans sa gloire…

Arrivé au terme de la journée, nous sommes entrés dans une auberge pour qu’ils puissent se restaurer. Appuyé au bord de la table, je l’ai vu prendre le pain et le rompre.

Cléopas et son ami l’ont enfin reconnu, mais trop tard, il avait disparu ! J’ai senti la main de Cléopas m’empoigner… oui, à ce moment-là, j’ai senti que j’allais repartir pour vivre de nouveau des aventures extraordinaires !

16 juin 2015

La lune (évocation du chemin d’Emmaüs)

Publié par papiercaillouciseaux dans Messages

Je le connais, celui-là, depuis tout petit je l’observe. Je l’ai vu dans son étable, c’est même la seule fois de toute mon existence que j’ai été jalouse… il faut dire qu’il avait fait fort, ce bébé… convoquer une étoile plus brillante, plus scintillante que moi pour l’éclairer ! Je suis tout de même là depuis la nuit des temps… enfin presque, depuis le quatrième jour, c’est presque depuis le début, non ?

Je le connais, celui-là, moi qui veille son sommeil depuis toujours, moi qui ai veillé le sommeil de ses parents avant le sien et de tous ses ancêtres. Je le connais parce qu’il passe du temps dans la nuit dehors, parce qu’il sait s’isoler et s’accommoder de tout ce qui l’entoure… Il n’est pas comme certains à venir m’observer quand il est amoureux et à m’oublier quand la vie continue de suivre son cours… Je le connais et je sais qu’il me connaît ! Je dois être la seule à être restée auprès de lui, même quand rien n’allait… la seule à part son Dieu, son Père, comme il l’appelle… mais son Père, c’est aussi mon Père, finalement… je suis donc sa sœur, une sœur muette mais là, toujours là.

Je le connais, celui-là qui marche dans la nuit. Je l’ai beaucoup observé ces temps, je l’ai beaucoup accompagné dans ses moments de doute, de recueillement. Je l’ai beaucoup observé, lui qui s’est retiré  pour attendre qu’on vienne le chercher pour le conduire à la mort… Je l’ai beaucoup observé quand il essayait de dire à des disciples les plus proches de veiller et de prier… lui ne semblait pas avoir besoin de beaucoup de sommeil, il avait ordonné à ses hommes de rester un peu plus loin de lui… mais eux n’arrivaient pas à se concentrer, ils s’endormaient… Par trois fois il était revenu vers eux et les avait retrouvés endormis. Deux fois il les avait invectivés mais la troisième fois, il leur avait dit : Continuez à dormir, reposez-vous ! » Comme s’il voulait les protéger de ce qui allait se passer, comme s’il avait voulu qu’ils ne vivent pas l’horreur de son arrestation, l’horreur de sa torture, l’horreur de sa mort. Comme s’il avait voulu les empêcher de voir que c’est par l’un des leurs qu’il avait été trahi…

Je le connais, celui-là qui marche dans la nuit. Je le connais depuis son enfance… j’ai veillé sa dernière nuit… je n’étais pas là quand il a rendu son dernier cri… mon collègue astre du jour n’était pas là non plus alors qu’il était midi à ce moment-là, il avait préféré se retirer pour montrer qu’on n’assassine pas le Fils de notre créateur ! Il avait permis aux ténèbres de s’installer sans que nous, astres du ciel ne soyons présents pour ce moment !

Je le connais, oui, celui qui marche dans la nuit… combien de kilomètres a-t-il parcouru dans sa courte vie ? Et il s’approche de ces deux pèlerins qui sont en route vers Emmaüs, et il s’approche de ces deux pèlerins qui parlent de lui, le regrettant déjà. Il s’approche de ceux qui pensent ne jamais le revoir et qui sont dans la tristesse, et qui sont dans le doute.

Il s’approche d’eux et à peine a-t-il compris de quoi ils parlaient, qu’il les invective presque… j’en pleurerais presque, il est véritablement tel que je le connais, il est vraiment comme il a toujours été… un tendre et un doux face aux forts et aux violents, un dur avec ceux qui sont trop faibles, trop mous… Il les invective et leur rappelle leurs textes, leur rappelle ce qu’ils devraient savoir Moïse, les prophètes, tous ceux qui ont annoncé sa venue, tous ceux qui ont expliqué comment le Messie d’Israël allait les sauver par son sacrifice…

Il les invective et leur rappelle que sa mort devait avoir lieu, que sa mort devait être faite pour que la vie revienne en tout, pour que la vie soit pour tous, pour que sa gloire existe… Il leur rappelle ce qu’ont dit les ancêtres, ce qu’ont dit tous ceux qui ont passé une vie entière à l’attendre…

Et eux… eux qui ne se rendent pas compte qu’ils ont eu la chance de vivre cela, eux qui ne se rendent pas compte que l’attente qui a déjà deux mille ans est terminée, qui croient que ce prophète n’était pas le bon, malgré les signes, les ténèbres à sa mort, les femmes au tombeau, le voile du temple déchiré… Eux qui croient qu’il n’était pas le bon parce qu’il est mort… et que font ils de ce fameux troisième jour quand ils ne l’ont pas trouvé,      quand femmes et disciples sont allés au tombeau et qu’il n’était plus là, quand ils ont trouvé linceul et bandelettes rangés de côté ? Que font-ils de tout ce que Jésus avait annoncé… qu’il reviendrait ?

Eux, ils ne se rendent pas compte qu’ils sont devenus ceux qui l’ont vu après sa mort, eux, ils ne se rendent pas compte qu’ils sont devenus ceux avec qui il a cheminé, eux, ils ne se rendent pas compte que leur vie a changé…

Oui, en plus de sa présence, il leur a offert un Royaume, il leur a offert la foi, il leur a offert l’espoir de la résurrection… mais ils ne le savent pas encore. Pour l’instant, ils marchent, ils sont fatigués, ils marchent et aimeraient s’arrêter… au loin une auberge, ils veulent y aller… avec lui, lui qui leur enseigne des choses intéressantes, lui qui leur enseigne des vérités qu’ils ont peur d’oublier. Alors ils le pressent de venir avec eux…

Par une fenêtre, je peux encore voir leurs gestes… Il s’installe, prend le pain, rend grâce et le rompt ! C’est à ce moment-là, que je vois, toutes les émotions passer sur les visages des pèlerins… la stupeur, la joie, la reconnaissance… C’est à ce moment-là que je vois presque dans leurs cœurs se dessiner la foi, la foi vraie, véritable, la foi sûre, ferme… Oui, ce soir, j’ai été témoin des premières conversions !

18 avril 2014

Philippe (selon l’évangile de Jean)

Publié par papiercaillouciseaux dans Non classé

Tu es le mauvais élève… Celui qui ne comprend pas grand-chose à ce qui se passe autour de toi.

Tu es le mauvais élève, celui qui demande aux autres comment cela va-t-il se passer, comment il faudra faire pour s’en sortir…

Tu es le mauvais élève, celui qui a besoin d’être rassuré, d’être conseillé…

Tu es le mauvais élève, celui qui répond toujours faux… mais qui s’acharne…

En d’autres temps, tu aurais été mis au coin avec un bonnet d’âne… on t’aurait promis le bagne… on t’aurait acculé au fond de classe…

En d’autres temps, tu n’aurais pas été aimé, c’est de toi que toute la classe aurait ri…

En d’autres temps, tu n’aurais même pas été remarqué, remarqué par personne… en d’autres temps, il n’aurait pas été là, lui…

Lui qui t’a appelé comme les autres et qui t’a même envoyé chercher un autre de tes amis pour le servir… rappelle-toi, c’était au début de l’histoire et tu avais parlé de lui à Nathanaël, tu avais parlé de lui et Nathanaël ne voulait pas te croire. Tu lui avais dit :  «Celui de qui il est écrit dans la Loi de Moïse et dans les prophètes, nous l’avons trouvé: c’est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth.»  46 – «De Nazareth, t’avait répondu Nathanaël, peut-il sortir quelque chose de bon?» Tu lui avais dit: «Viens et vois.» Tu ne savais pas quoi répondre d’autre. Tu ne savais pas comment dire les choses autrement. Tu ne savais pas pourquoi ton intuition était la bonne et tu ne pouvais proposer autre chose que de venir voir, tu n’’avais pas d’argument, tu ne savais pas comment te sortir des attaques qui le concernaient.

Mon pauvre Philippe, tu voulais si bien le servir, mais tu ne savais pas comment faire pour faire bien, tu ne savais pas comment t’y prendre pour répondre juste.

Tu aurais presque aimé qu’il ne te croise jamais, tu aurais presque aimé qu’on te raconte son histoire après coup et que cela ne te coûte rien.

Tu essayais pourtant d’être le meilleur, tu essayais pourtant de répondre juste. Mais comme tout cancre avéré, tu doutais de tes propres essais de réponses, tu doutais de ce que tu aurais pu dire.

Comme tout cancre avéré, tu n’avais pas envie de faire faux, tu aurais aimé qu’une fois, il reconnaisse que tu avais vu juste… mais c’est comme s’il te mettait au défi à chaque fois… Le jour où il avait fallu nourrir une immense foule, il t’avait dit : «Où achèterons-nous des pains pour qu’ils aient de quoi manger?»  6 En parlant ainsi il te mettait à l’épreuve; il savait, quant à lui, ce qu’il allait faire.  7 Tu lui avais répondu : «Deux cents deniers de pain ne suffiraient pas pour que chacun reçoive un petit morceau.»

L’argent, toujours l’argent. Tu n’arrivais pas à te détacher de cet argent. Tu ne résonnais que comme on t’avait toujours appris à le faire… L’argent, la meilleure des réponses…

Mais pas la sienne, tu le savais, pourtant, tu savais que tu allais être mis en faute pour une réponse pareille, tu savais que lui aurait une réponse bien meilleure, bien plus forte, bien plus porteuse, mais tu t’acharnais, tu t’obstinais, tu essayais de répondre, après tout, c’était à toi qu’il s’était adressé, pas à un autre…

Pauvre Philippe qui tergiversait dans sa tête, pauvre Philippe qui essayait de faire au mieux, pauvre Philippe qui ne savait jamais comment répondre au maître qui s’adressait à lui…

Oui, pauvre Philippe… tu aurais tellement aimé le satisfaire, tu aurais tellement aimé lui faire plaisir, tu aurais tellement aimé répondre correctement…

Pauvre Philippe… si seulement tu avais pu savoir, si seulement tu avais pu comprendre, anticiper… Si seulement, tu avais pu comprendre que tu étais nous, que tu étais moi, que tu étais chacun de ceux qui viendraient après toi, après lui.

Pauvre Philippe… si seulement tu avais pu entendre que tes questions, tes mauvaises réponses, c’était celles qu’on donnerait tous après toi… A ta place, je n’aurais pas été meilleure, je n’aurais jamais su quoi répondre pour le défendre, même si je sais au fond de moi que c’est lui que je veux suivre. A ta place, je n’aurais jamais su quoi répondre à ses questions pour être dans le juste.

Oui, Philippe, tu étais le plus vrai de tous les disciples, peut-être. Parce que tu ne savais pas, parce que rien pour toi n’était une évidence…

Oui, Philippe, tout au long de sa vie, quand tu l’as accompagné, tu avais le doute, tu avais des questions, tu ne savais pas quoi dire mais tu étais certain, tu étais persuadé… Tu savais qu’il fallait continuer et répondre tant bien que mal…

Rappelle-toi, Philippe, quand les grecs s’adressèrent à toi et te firent cette demande: «Seigneur, nous voudrions voir Jésus.» Tu allas trouver André, et ensemble vous le dirent à Jésus. Tu n’avais pas le courage de t’approcher de lui tout seul, tu n’avais pas le courage de l’affronter seul et de lui relayer les demandes des uns et des autres.

Tu aurais préféré qu’on s’adresse à quelqu’un d’autre, tu aurais préféré qu’on demande à un de tes condisciples pour que tu n’aies pas à l’affronter… le servir, oui, mais t’adresser à lui, c’était trop compliqué…

Tu n’es pas très différent de moi, Philippe, moi qui vient deux mille ans après toi et qui ai besoin qu’on me guide et qu’on me conforte dans mon idée d’aller à lui, d’aller vers lui… parce que souvent je n’ai pas la force d’y aller seule.

Tu n’es pas très différent de ceux qui t’interpellaient, Philippe, eux non plus n’avaient pas le courage de s’approcher de lui seuls, ils avaient besoin d’un vecteur, ils avaient besoin qu’on les y amène… et le vecteur, c’était toi, Philippe, c’était toi qui aidait… tu as peut-être en ce sens été le premier diacre, le premier guide.

Mais tu ne comprenais pas tout, tu ne comprenais pas en quoi tu étais le vecteur, tu ne comprenais pas en quoi tu étais l’exemple parfait, en quoi tu étais le meilleur pour montrer à tous que les réponses n’étaient pas évidentes mais qu’il fallait creuser et creuser encoure pour arriver.

Oui, Philippe, toi, le mauvais élève, tu aurais largement préféré rester dans l’ombre, tu aurais largement préféré qu’on ne t’interroge pas… mais ce que tu n’as pas compris, Philippe, c’est que les mauvaises réponses que tu donnais, tous les auraient données. Ce que tu n’as pas compris, Philippe, c’est que tes mauvaises réponses, c’était les plus logiques, les plus vraies, les plus justes qu’un homme comme toi, comme moi pouvait donner…

Toi, tu étais l’homme simple, toi, tu étais l’homme bon. Tu voulais servir et donner. Tu voulais servir et être là…

Dans ce dernier moment auprès de lui, tu étais soulagé que les questions se soient arrêtées, tu étais soulagé de ne plus être mis en avant. Tu étais au milieu des autres et même si tu ne savais pas ce qui allait se dire, même si tu ne savais pas ce qui allait se passer, tu attendais, tu sentais que tout allait changer. Alors, dans un dernier soubresaut, tu as pris tout ton courage avec toi et c’est toi qui a posé cette dernière question : «Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit.»  Il te dit alors : «Je suis avec vous depuis si longtemps, et cependant, Philippe, tu ne m’as pas reconnu! Celui qui m’a vu a vu le Père. Pourquoi dis-tu : ‹Montre-nous le Père›?  Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même! Au contraire, c’est le Père qui, demeurant en moi, accomplit ses propres œuvres.

Merci, Philippe d’avoir posé cette question, merci Philippe d’avoir tenu à mettre les points sur les « i ». Si tu ne l’avais pas fait, peut-être que nous aurions encore douté, si tu ne l’avais pas fait, peut-être que nous nous demanderions encore. Si tu ne l’avais pas fait, peut-être que nous ne croirions pas aujourd’hui.

Merci, Philippe d’avoir posé cette question, si tu ne l’avais pas fait, le fils de Dieu n’aurait peut-être été qu’un homme. Il n’aurait peut-être été qu’une pauvre personne en qui personne n’aurait cru…

Oui, Philippe, toi le mauvais élève, toi le cancre, toi celui dont on pourrait rire, tu as osé poser la question ultime, tu as osé poser la question qui nous brûlait tous et grâce à toi, aujourd’hui, je crois.

Amen

18 avril 2014

Simon le Zélote

Publié par papiercaillouciseaux dans Non classé

Un jour, il t’a appelé.

Oh rien de bien théâtral. Tu sais que ceux qui racontent déjà votre histoire comme une épopée, s’imaginent qu’il y avait une foule immense au sein de laquelle chacun attendait d’être nommé. Mais en réalité, rien de tout cela. Il n’y avait personne ou presque : rien de fou, rien de grandiose. Juste lui qui a dit ton nom comme si vous aviez été frères, comme si vous aviez grandi ensemble.

En réalité, tu ne le connaissais pas… pas comme ça, pas comme quelqu’un qui avait autant de force en lui. Il ne te semblait pas que vous ayez eu la même éducation, les même préceptes, les mêmes chances dans vos vies. Il était à peine plus vieux que toi et jamais tu n’avais pensé être capable de miser sur un être aussi chétif, aussi quelconque que lui.

Pourtant, malgré son apparence pauvre, insignifiante, il y a eu ce quelque chose qui a fait que tu t’es senti prêt à te mettre en route et à le suivre. Il y a eu une sorte de reconnaissance de qui il était, de qui il serait.

C’est comme si tu avais senti son sang couler dans tes propres veines. C’est comme si tu avais ressenti que vous étiez pareils lui et toi.

Bien sûr, pareils, vous l’étiez. Vous aviez grandi dans une famille plutôt pauvre mais qui ne vous avait jamais fait manquer de rien. Vous aviez grandi dans une famille pauvre qui avait de l’amour et de la compréhension pour tous. Vous veniez du même milieu, du même village. Vous aviez eu les mêmes enseignements, les mêmes chances dans la vie… Mais lui… lui… il en savait bien plus que toi… comme si la vie qu’il avait eue lui avait bien plus profitée qu’à toi. Comme s’il avait été capable d’apprendre, de comprendre bien plus de choses que toi alors que vous aviez eu les mêmes chances dans la vie… et c’est sans doute d’abord pour cela que tu l’admirais. C’est sans doute à cause de ses capacités à tout comprendre et à pouvoir tout expliquer avec tant de poésie, tant de pertinence, tant de bonté. Cette capacité à faire douter ceux qui étaient les plus sûrs et à convaincre les plus hésitants. Toujours dans la simplicité, toujours dans la tendresse, toujours avec la complaisance qui permet à l’autre de comprendre que même s’il a eu tort jusqu’à aujourd’hui, Dieu l’aime, Dieu est avec lui.

C’est à cause de tout cela que tu as tout de suite aimé cet homme, que tu as vu en lui ce guide qui t’aurais manqué dans toute ta vie si tu ne l’avais jamais rencontré.

Oui, cet homme a été ce qui t’est arrivé de mieux dans ta vie. Tu ne savais pas vraiment à quoi tu allais être destiné. Tu avais appris ton métier, comme tous les autres dans ton village, celui de ton père : charpentier. Comme tes frères. Comme si dans le village, il y aurait besoin de quatre charpentiers…

Alors oui, quand il t’avait dit : « toi, suis-moi », tu avais senti que c’était la chance de ta vie, que c’était la seule occasion que tu aurais de vivre autre chose que la vie du village, de vivre pour d’autres que pour ta seule famille.

Tu avais senti qu’en allant avec lui, tu pourrais enfin être reconnu, tu pourrais enfin être « quelqu’un », une personne dont l’avenir se souviendrait. Tu avais senti que tu allais devenir et non pas demeurer et c’est surtout cela qui t’avait motivé…

Derrière lui, tout semblait simple, tu pouvais aller vers les gens et t’adresser à eux sans qu’ils pensent que tu étais un pauvre être inutile. Tu servais les autres bien plus que quand tu réparais leurs meubles, que quand tu arrangeais leur mobilier. Quand tu étais avec lui, tu avais le sentiment de les nourrir bien plus que quand tu pouvais parfois rapporter un morceau de viande à ta famille. Quand tu étais avec lui, tu te sentais exister quand les autres pouvaient exister… et ça, c’était bien plus gratifiant que tout ce que tu avais pu vivre avant de croiser sa route.

Voilà où tu en étais dans tes pensées, quand tu te remémorais les débuts, quand tu tentais de te rappeler ce qui s’était passé le jour où tu avais quitté le village de ton enfance. Tu en étais là, alors que les coups résonnaient dans le silence oppressant des spectateurs. Tu en étais là alors que les femmes s’étaient rassemblées et que tous ceux qui les entouraient entendaient leurs larmes couler. Tu en étais là dans ce matin unique qui accueillait deux brigands et lui. Lui qui affrontait ce dernier combat avec autant de force qu’aucun être avant lui.

Il semblait absent, il semblait pensif, il semblait qu’il découvrait avec intérêt ce qui lui arrivait. Il avait l’air de presque trouver normal et de ne pas en vouloir à ceux qui lui faisaient subir une torture pareille.

Tu le regardais à la fois avec admiration et avec une certaine crainte… était-il admirable ? Était-il simplement fou ? Devant toute la certitude de cet homme, tu commençais de douter de toi-même, de douter de lui. Est-ce que tu t’étais trompé ? Est-ce que cet homme qui paraissait si incroyable était un simple d’esprit, un niais qu’aucune douleur ne pouvait atteindre parce qu’il ne ressentait rien ?

Non… dans ces quelques moments de doute, la certitude d’avoir fait le bon chemin te revenait, tu savais que tu avais suivi le bon. Il était simplement encore plus fort que tu ne le pensais, simplement encore plus résistant que tu ne l’avais jamais imaginé. Tu savais qu’il avait la foi, mais tu ne pensais pas qu’elle était si grande, si sûre, si affermie. Tu savais qu’il avait la foi, mais tu ne pensais pas qu’elle était si incroyable, si gigantesque…

Tu restais là même si tu sentais ton cœur au bord des lèvres, tu aurais aimé être à des kilomètres de là, chez toi, chez ton père, chez celui qui t’avait tout enseigné et qui serait désormais fier de toi, toi qui avait osé partir pour suivre une cause… Tu aurais aimé sentir les mains de ta mère qui te serreraient contre elle pour te consoler de cette tristesse… de cette tristesse, mais pas seulement, de cette crainte, de cette angoisse…

Oui, maintenant que les coups avaient cessé et que l’on avait monté cette croix, il n’y avait dans le silence que les larmes des femmes et toi. Toi et ta crainte, toi, les autres et votre crainte, votre peur tenace qui s’installait dans votre ventre… car après lui, ce serait vous !

Vous en étiez persuadés, vous en étiez convaincus, vous en étiez certains. On ne vous pardonnerait pas de l’avoir suivi, d’avoir accompagné ses miracles et ses enseignements. On ne vous pardonnerait pas d’avoir participé à perturber la bonne marche de Jérusalem en organisant des marches et des rassemblements de foule. On ne vous pardonnerait rien et vous seriez vous aussi accrochés sur une croix semblable… ce n’était qu’une question de temps, qu’une question de jours peut-être de semaines…

Oui, Simon, c’était les pensées qui étaient dans ta tête en ce moment si intense… déjà, tu te décevais, tu ne le servais plus, ce petit reste d’humain accroché sur sa croix. Déjà, tu oubliais tout ce qu’il t’avait enseigné, ce petit être frêle sur sa croix. Déjà, tu ne pensais plus aux autres avant toi-même, non, Simon, en ce moment, tu pensais à toi. A toi seul.

Au-delà de ton admiration, tu commençais déjà de t’éloigner de lui. Il était trop parfait, il était trop bon, il était trop fervent, il résistait trop bien à la douleur, à cette douleur folle qui le parcourait…

Alors tu t’es senti partir, sans te rendre compte, tu as tourné les talons, et tu t’es éloigné en direction du village de ton père. Les sanglots des femmes s’atténuant, la foule s’éclaircissant, tu t’es senti mieux, tu t’es senti moins oppressé, moins angoissé. Tu as commencé de marcher avec pour seule détermination de ne pas de retourner, de continuer quoi qu’il arrive, afin que tu ne regrettes rien. Tu savais que si tu le regardais tu douterais. Tu savais que si même de loin tu croisais son regard, tu resterais… Alors tu as marché, droit devant toi. Tu as continué. Droit devant toi…

***

Eli, Eli, Lama sabaqthani !

Mon Dieu, Mon Dieu, Pourquoi m’as-tu abandonné ?

***

Tu es revenu.

Il avait appelé à l’aide.

Il était un homme, le Fils de Dieu, certes, mais un homme.

Tu es revenu.

Tu n’es pas reparti.

Tu as parlé pour lui.

Tu as parlé de lui.

Pour les autres.

Pour qu’ils sachent.

Pour qu’ils entendent que derrière ce fils de Dieu, il y avait un homme qui avait accepté de souffrir pour toi.

Amen

 

18 avril 2014

Barthélémy, juste un nom

Publié par papiercaillouciseaux dans Non classé

Tu n’es qu’un nom.

Un nom propre, un nom d’emprunt qui n’est à toi que le temps d’une vie.

Tu n’es qu’un nom.

Un nom commun finalement. Comme celui du paysan du haut du village. Comme celui du frère de ton père.

Tu n’es qu’un nom.

Un nom parce qu’il fallait bien t’en donner un, parce qu’il fallait bien te différencier des autres.

Tu n’es qu’un nom : Barthélemy

Juste nommé une fois pour dire que tu étais là. Juste pour dire que tu n’étais pas l’un des anonymes de la foule.

Tu n’es qu’un nom. Et plus aucune fois on ne te citera quand on parlera de lui.

Tu n’es qu’un nom parmi les onze autres. Juste un nom pour dire que tu as été élu. Pour dire que tu fais partie de la bande dès son début et que tu resteras dans la même bande même après…

Après quoi ? Après qui ? Ce sera quand après ?

Tu n’en sais rien, mais tu sens bien que maintenant que tu as démarré, maintenant que dans son ombre, u as vécu des moments incroyables… Maintenant que tu as entendu ses discours, il y aura un avant et un après dans ta vie. Tu sais bien qu’il va se passer quelque chose. Pour que tout cela ait servi, pour que tout cela reste dans les mémoires, reste dans l’histoire.

Tu sais bien, tu sens bien que ce soir est différent des autres soirs.

La tension est palpable.

Le soir est trop épais.

Les rires sont trop enjoués.

Les histoires racontées à table sont sur-jouées.

Les échanges sont trop forts.

Tu sais bien. Tu sens bien que ce soir, tout va basculer. Tu sens bien que ce soir, il y aura autre chose qu’un repas de la Pâque, que ce repas ne sera que les prémisses d’une longue soirée, d’une longue nuit, d’un long matin, demain… Tu sais bien, tu sens bien que le vin a un goût acide, que le pain est amer.

Oui, ce pain plat, fade, trop vite cuit, a aujourd’hui le goût de la fatigue, de la tristesse et du regret. Ce pain que tu as échangé en famille toute ton enfance devient ce soir le pain du constat d’échec : Ils n’ont rien compris !

Il a essayé, vous avez essayé et tu sens bien que les gens n’ont rien compris, pas entendu.

Oui, ce pain qu’il rompt ce soir a le goût amer du dernier pain. Il a le goût amer de la fin, de la séparation.

Tu en prends un morceau comme les autres et tu le mâches, lentement. Il a rendu grâce, oui, c’est vrai, avec un ton très différent des autres fois, comme si sa grâce seule avait tout changé. Comme si cette grâce seule devenait le centre du repas, le sens de cette histoire, le sens de la vie…

Alors, tu as mangé ce pain de vie qui avait étrangement le goût d’un pain de mort, le goût du pain du condamné. Tu as regardé tes voisins par en-dessous. Tous avaient le même regard, celui qui évite de regarder, celui qui évite de rencontrer…

Tu as pris ce pain qui n’était pas le même pain que les autres fois, qui n’avait pas le même goût, qui ne rassasiait pas de la même manière…

Oui, Barthélemy, tu t’es installé avec les autres ce soir en pensant que cela ne serait pas le dernier soir, qu’il y aurait un rebondissement.

Oui, Barthélemy, tu t’es assis avec eux, avec ceux que tu accompagnes depuis tant de temps… et comme souvent, tu n’as rien dit. Comme souvent, tu es resté muet, préférant être témoin que témoigner. Tu es resté fidèle à toi-même… et surtout fidèle à lui, comme toujours, comme depuis le premier jour.

Tu as choisi d’être celui qui le suivrait, qui irait avec lui pour toujours et tu sens que ce toujours va être arrêté brusquement. Tu t’es engagé, par ton silence et ton acceptation à aller avec lui. Tu t’es engagé à aller à ses côtés… mais qu’en serait-il s’il n’était plus là ? Qu’en serait-il si tu devais continuer à marcher sans lui ? Irais-tu avec les autres ?

Honnêtement, tu ne le sais pas, ce que tu n’ignores pas est que tu n’es pas vraiment populaire, tu es l’invisible, celui qui ne gêne ni ne guide personne. Tu es là et tu ne déranges jamais. Tu es là et tu ne prends jamais personne à revers… ni à l’endroit.

Tu avais choisi, Barthélemy… personne ne savait vraiment qui tu étais quand tu as été appelé, personne ne savait réellement qui tu représentais… on ne connaît ni ton père, ni ton frère. On ne connaît ni ton village ni ton pays. On sait juste qu’il t’a appelé un jour et que ce jour-là, tout a changé. Que ce jour-là, tu as vu de la fierté dans les yeux de ton père…

A quoi bon cette fierté ? A quoi bon l’avoir suivi ? Tu sais bien qu’il est fini. Tu sais bien que votre groupe est fini. Il reste juste à savoir par quelle manière, par quelle tour de passe-passe ultime, cette fin va avoir lieu. Il reste juste à savoir comment vous allez être amenés à disparaître.

Tu sais bien que la foule qui vous a accueillis avec tant de chaleur est déjà entrain de  refroidir. Toi, celui qui ne dit rien, toi, celui qui ne parle pas ou presque pas. Tu sens les choses, peut-être encore plus que ceux de tes amis qui se battent pour être reconnus. Tu sens les choses, peut-être mieux que ceux de tes amis qui essaient d’être les meilleurs élèves. Toi, celui qui a compris que tu étais dans les élus et qu’il vous aimait tous identiquement depuis le début.

Tu sais bien, tu sens bien que la foule qui vous a tant acclamés risque de vous huer bientôt. Tu es le sensible du groupe, celui qui voit, celui qui sent, celui qui entend.

Tu sens bien qu’ils sont tous bien trop euphoriques autour de toi et qu’ils ne se rendent pas compte… sauf lui, bien sûr, sauf lui… lui qui a toujours su ce qu’il faisait. Lui qui a toujours su comment il fallait agir, comment il fallait répondre… Lui que tu admires tant… Que va-t-il se passer ? Vivre sans lui ? Tu ne l’imagines pas, faire sans lui ? Tu ne pourras pas.

Tu n’as pas envie de l’admettre, mais tu pense que tu rentreras chez toi. Que tu reprendras ta vie. Ton père t’accueillera sans doute avec joie, il cachera tant bien que mal la déception que lui causera ton retour. Mais il t’aimera comme il l’a toujours fait.

Oui, Barthélemy, tu ne sais pas de quoi sera fait demain, mais tu sais que demain sera grave. Tu sais que la nuit sera longue avant que le soleil ne se lève. Tu sais bien que le jour ne sera plus le même dès demain… mais en quoi ?

Ce sera la fin, oui, mais la fin de quoi ?

Ce sera sa fin, oui, mais en quoi ?

Ce sera ta fin, oui, mais comment ?

La fin.

Sa fin.

Ta fin.

Ce que tu sais, c’est que tu ne veux pas vivre cela. Que tu es désespéré de la façon dont tes amis mangent. Ce que tu sais, c’est que tu ne veux pas y être, que tu n’auras pas la force de vivre l’échec.

Ce que tu sais, c’est que cette nuit, tu partiras, que tu n’auras pas le courage de rester, que tu préfères apprendre plus tard, dans le cocon de ta famille retrouvée ce qui s’est passé.

Oui, c’est ta décision de ce soir. Tu sais bien que tu n’es pas emblématique, que tu n’as pas de rôle à jouer dans cette histoire…

***

Tu n’es qu’un nom.

Un nom propre, un nom d’emprunt qui n’est à toi que le temps d’une vie.

Tu n’es qu’un nom.

Un nom commun finalement. Comme celui du paysan du haut du village. Comme celui du frère de ton père.

Tu n’es qu’un nom.

Un nom parce qu’il fallait bien t’en donner un, parce qu’il fallait bien te différencier des autres.

Tu n’es qu’un nom : Barthélemy

Juste nommé une fois pour dire que tu étais là. Juste pour dire que tu n’étais pas l’un des anonymes de la foule.

Tu n’es qu’un nom. Et plus aucune fois on ne te citera quand on parlera de lui…

Vraiment ?

A voir… tu n’es qu’un nom, oui, cité une seule fois quand Il a appelé ses disciples… mais cité une seconde fois pour dire  que juste avant Pentecôte, tu attendais dans la chambre haute avec les disciples…

Amen

 

27 mars 2013

Matthieu le collecteur d’impôts

Publié par papiercaillouciseaux dans Messages

Sur ton passage, les gens crachent, ils ne te saluent pas et ignorent ta famille. Quand tu vois les gens de ton peuple, tu as honte, tu les évites parce que tu sais que tu n’es pas correct avec eux.

Quand tu rentres chez toi, ta famille évite de te parler de ton travail, elle en a honte, elle regrette de devoir t’y envoyer. Mais elle se garde de te faire des reproches, elle sait que ton salaire et les pourboires que tu t’octroies permettent de faire vivre tout le monde.

Sur ton passage, les gens se détournent. Ils ne veulent pas avoir à faire à toi. Les seuls à te parler, ce sont les romains, ceux qui doivent te protéger, te garder. Ils sont tellement souvent avec toi qu’ils ont fini par être presque tes amis. Les avoir avec toi, c’est à double tranchant, cela te permet d’avoir des gens à qui parler durant la journée, mais cela t’éloigne encore plus des gens de ton peuple. Ils savent bien qu’en collectant l’argent pour le protectorat romain tu t’en mets plein les poches…

Sur ton passage, les gens crachent, ils t’insultent, parfois même, ils te lancent des déchets… Mais tu continues ton travail tête baissée, tu ne les regardes pas. Quand tu es déprimé d’être ainsi rejeté, tu penses aux enfants de tes frères, aux enfants de ton père et tu sais pourquoi tu t’abaisses à servir l’ennemi… et comme c’est l’ennemi, tu n’hésites pas à en prélever un peu… vous êtes si nombreux en famille ! Mais cet argent, c’est l’argent de ton peuple, c’est l’argent des impôts bien trop élevés qu’ils doivent verser à l’envahisseur… tu voles tes proches, tu voles les tiens !

Sur ton passage, les gens de ton peuple détournent la tête et c’est pour cela que ce matin-là, quand tu vois arriver un homme accompagné de quelques autres, tu gardes la tête baissée pour continuer ton travail. Que t’importe qu’un homme agite tant le village, que t’importe qu’il ait l’air important. De toute façon, en te voyant, il crachera à terre comme les autres. Il se détournera de toi à l’instant même où il te verra !

Tu ne remarques pas qu’il a l’air fatigué, que la route a du l’assoiffer… tu es devenu tellement imperméable à ceux qui t’entourent que tu as oublié que la bienséance voudrait que tu ailles lui chercher à boire, à lui et à ses hommes. Tu as tellement été laminé par la vie que tu ne sais plus que pour te faire des amis il suffit parfois de tendre la main. Alors tu continues, tu encaisses, tu additionnes, tu comptes, tu entasses, tu amasses !

Tu ne regardes pas le spectacle, tu ne regardes pas l’agitation dans la rue. Il est presque midi et tu aimerais terminer ce que tu es entrain de faire avant d’aller dîner. D’ailleurs l’agitation semble retomber, dans le village chacun commence de s’en retourner à ses affaires. La venue de cet inconnu serait comme toutes les autres arrivées, un moment court de nouveauté bien vite oublié.

Alors qu’il s’en va et que tu te replonges encore plus dans ton travail, tu ne remarques pas qu’il s’approche de toi. Si toi tu fais tout pour l’ignorer, lui, il t’a vu, il a remarqué que tu étais à l’écart et que le village faisait tout pour t’empêcher d’être avec les autres, que le village t’a mis à l’écart de tous.

Quand il arrive vers ton bureau, tu ne relèves même pas les yeux, tu ne veux pas lui parler, pourquoi vient-il ? Pour te reprocher encore et encore d’être de mèche avec l’ennemi ? Pour t’insulter ? Pire, avec sa bande d’acolytes, voudrait-il te frapper ?

Aussi quand il te dit simplement : « Suis-moi », tu ne comprends pas ce qu’il te prend. Tu ne comprends pas pourquoi, toi, l’employé zélé qui ne part que le travail accompli tu laisses ton bureau en plan, tu abandonnes tes chiffres là où ils sont et tu te lèves sans mot dire pour le suivre. Tu ne comprends pas ce qui est entrain de se passer dans ta tête, est-ce que tu as bien entendu ? Cette voix douce, chaleureuse, cette force tranquille qui semble habiter cet homme t’a convaincu en seulement deux mots : « Suis-moi » !

Et sans comprendre, tu te retrouves à sa table avec ses hommes, avec d’autres collecteurs d’impôts comme toi. Pour la première fois depuis des années, tu t’assieds à une table avec d’autres, avec des amis. Tu peux dîner comme tous les travailleurs dans la gaîté, dans la joie, dans la détente. Tu oublies que tu vas devoir y retourner… l’espace d’un instant, tu ne penses plus aux crachats, aux insultes, aux déchets. Tu ne penses plus à ton isolement, tu ne penses plus à ta solitude.

Mais cette joie semble être de courte durée les pharisiens, les maîtres de la loi sont déjà là. Ils sont venus pour mettre de l’ordre. De tout le village, ce sont eux que tu crains le plus. Déjà ils s’approchent des accompagnants de l’homme, déjà ils questionnent, déjà ils semblent furieux : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec des collecteurs d’impôts et des pécheurs ? » Mais avant qu’ils n’aient le temps de répondre, c’est le maître en personne qui se lève pour répondre. Avant que ses disciples aient le temps de trouver une réponse satisfaisante, c’est lui qui sans se départir de son calme leur dit : «Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades.  Allez donc apprendre ce que signifie: C’est la miséricorde que je veux, non le sacrifice. Car je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs.»

Tu es estomaqué, au même titre que les Pharisiens qui ne s’attendaient pas à une telle réponse. Tu es estomaqué, qui est cet homme qui ose dans le calme, sans s’énerver, sans violence répondre à ces hommes, ces maîtres de la loi ?

Tu en es convaincu, aujourd’hui, ta vie vient de changer ! Tu sais que tu ne rentreras pas, tu sais que ce matin c’était la dernière fois que tu avais vu ta famille, les tiens… Tu culpabilises l’espace d’un instant, tu t’en veux un moment… mais à quoi bon ? Tu sais bien qu’un autre pourra reprendre le travail, tu sais bien que dans ta famille, les garçons ne manquent pas et que certains sont déjà bien en âge de s’occuper de la collecte…

Alors tu le suis. Tu ne te contentes pas de manger avec lui, tu prends ton manteau et tu te mets en route avec lui.

La route continue, vous êtes maintenant douze à le suivre, certains avec des attributs particuliers, des surnoms… pour toi, ton ancien travail ne te quittera plus, tu seras toujours qualifié ainsi, tu es collecteur d’impôts… : Voici les noms des douze disciples. Le premier, Simon, que l’on appelle Pierre, et André, son frère; Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère;  Philippe et Barthélemy; Thomas et Matthieu le collecteur d’impôts; Jacques, fils d’Alphée et Thaddée;  Simon le zélote et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra.

Tu as du mal à trouver ta place parmi eux. Même si la tolérance est de mise, même s’il est interdit de se faire du mal les uns aux autres, même si tous vous avez un moment de votre passé dont vous n’êtes pas toujours fiers, c’est ton passé à toi qui est le plus dur à porter… Mais au bout de quelques temps, tu t’y retrouves, tu deviens un disciple au même titre que les autres.

Tu es en route avec eux maintenant, cela fait longtemps… un poids est sur tes épaules, un poids lourd, tu sens qu’un événement va surgir, quelque chose qui te dépasse, quelque chose que tu ne pourras pas maîtriser. Tu sens que tu ne pourras pas intervenir même si tu en as très envie…

Tu sens ce poids s’alourdir encore en pénétrant à Jérusalem. Tu sais que c’est dans cette ville que se passera un événement. Oui, ton maître vous a parlé d’une mort certaine, oui, ton maître vous a dit que les Ecritures annonçaient un sacrifice, mais tu n’y penses pas, tu ne veux pas voir l’évidence…

Tu préfères écouter les enseignements, les paraboles de ton maître… celle-ci par exemple qui te concerne de près : «Deux hommes montèrent au temple pour prier; l’un était Pharisien et l’autre collecteur d’impôts.  Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même: ‹O Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme les autres hommes, qui sont voleurs, malfaisants, adultères, ou encore comme ce collecteur d’impôts.  Je jeûne deux fois par semaine, je paie la dîme de tout ce que je me procure.›  Le collecteur d’impôts, se tenant à distance, ne voulait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine en disant: ‹O Dieu, prends pitié du pécheur que je suis.›  Je vous le déclare: celui-ci redescendit chez lui justifié, et non l’autre, car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé.»

C’est seulement à ce moment que tu comprends, cet homme est venu pour apporter la paix, pour aider tous ceux qui se sentaient perdus. Alors tu vas avec lui vers cette fin, vers ce moment inéluctable qui te pesait tant. Tu vas avec lui vers cette mort, lourde, mais le cœur léger.

Tu sais qu’après lui, rien ne sera comme avant, rien ne sera plus compliqué. Tu vas avec lui pour célébrer la vie, la liberté sur la mort.

Sur ton passage, les gens crachent. Ils t’insultent, ils te regardent avec haine… ce n’est plus à cause de ton travail, c’est parce que tu étais avec lui, parce que tu étais l’un des siens… mais tu sens, tu sais, Matthieu, que demain ceux qui t’ont insulté, ceux qui se sont détournés croiront, qu’ils comprendront que Jésus n’était pas un homme comme les autres, qu’il était le fils de Dieu.

Amen

4 août 2012

je suis le pain de vie

Publié par papiercaillouciseaux dans Messages

Avant ce long discours prononcé par Jésus à la foule, nous avions la grande histoire de la multiplication des pains, une grande histoire, bien connue, souvent racontée comme un miracle, comme un événement incroyable qui  montre la puissance du Christ, un événement qui nous dit qu’avec rien ou très peu, Jésus est capable de tout, qu’il est capable de nourrir une foule qui réclame et qui a faim… Mais c’est aussi une histoire qui peut prêter à confusion… Comment perçoivent ceux qui le vivent, ce repas de Jésus, comment les gens comprennent-ils ce don, ce cadeau qui leur est fait ? La réaction terre à terre de ceux qui sont là pour vivre cet événement extraordinaire s’explique plutôt de la manière suivante :  « aujourd’hui, on nourrit gratis! » Il y a un repas pour tous, il y a suffisamment à manger pour tous, il y a des quantités de nourritures pour un peuple qui ne mange que peu souvent à satiété, pour un peuple qui a parfois du mal à se procurer de la nourriture.

Oui, on peut comprendre cet épisode de l’enseignement du Christ comme un événement de simple bonheur culinaire, comme un événement de simple repas… Mais nous savons aussi que les repas racontés dans les histoires du Christ ne sont jamais des repas anodins, que les repas décrits, le sont pour nous enseigner quelque chose. Nous connaissons ce fameux repas, qui part de quelques pains, de quelques poissons… nous connaissons le repas de la noce que Jésus raconte, et surtout le repas de la Cène, ce dernier repas dont nous nous rappelons régulièrement la signification  et la portée. Nous connaissons ce repas comme un signe de puissance du Fils de Dieu, mais Jésus, lui, se dérobe à leur enthousiasme équivoque. Jésus ne peut pas les laisser croire que ce repas n’est qu’un moment convivial, un cadeau uniquement matériel. Il lui faut à présent mettre les choses au point.

Maintenant qu’ils ont le ventre rempli, les gens le suivent où qu’il aille, comme si son enseignement n’avait de valeur que parce qu’ils n’avaient plus faim, comme s’il avait suffit qu’il leur offre une fois un cadeau pour qu’il devienne pour eux le nouveau messie… Vous connaissez sans doute le dicton : « Ventre affamé n’a point d’oreilles » Fallait-il donc que Jésus les nourrisse avant de les instruire pour être certain que l’enseignement qu’il allait leur apporter parvienne à leurs esprits ? Il leur dit d’abord : « Vous me cherchez parce que vous n’avez pas compris ce que le signe du pain multiplié suggérait à mon propos ». Et il rajoute ensuite :  « L’œuvre que vous avez à faire, ce n’est pas de courir après une nourriture périssable, mais bien de percevoir dans le signe que j’ai accompli les gestes du Père qui m’accrédite comme son Envoyé. Croire en moi, voilà ce que vous avez à faire! »

Croire en lui? C’est tout de même un peu gros ! Avoir confiance en lui, c’est compliqué, il leur a bien donné une preuve qu’il était puissant, qu’il pouvait les aider, les nourrir, il leur a sans doute bien parlé, et l’entendre, l’écouter n’est pas désagréable, mais croire en lui, tout de même, c’est bien compliqué, c’est quand même beaucoup de se mettre à croire en quelqu’un, c’est un immense changement, la foule est habituée à croire en Dieu, à croire en ce que Dieu lui apporte, à croire en ce que Dieu lui a appris par ses lois, parce que Moïse a accompli et apporté au désert, mais se mettre à croire en Jésus, c’est tout de même énorme, c’est tout de même compliqué… Croire en lui, c’est un bouleversement, c’est renoncer à se tourner vers la loi de Moïse pour se mettre au service de… de qui d’abord ? Se mettre au service de cet inconnu ? de ce cuisinier qui sait faire du pain et du poisson ?

La foule est stupéfaite: quelle revendication! Quelle audace ! Quel culot ! On veut bien laisser à Jésus le soin de remplir les estomacs vides, c’est d’ailleurs bien agréable, de ne rien avoir à faire, de ne rien avoir à prouver, de ne pas avoir à se justifier, c’est bien agréable d’être simplement là, au bon moment et de recevoir sans avoir à demander quoi que ce soit…. Oui, on veut bien le laisser nourrir nous corps, remplir nos estomacs vides, mais nos cœurs, mais nos vies ?

En plus, on a bien mangé, on s’est bien nourri, on est certes rassasiés, mais tout de même, ce pain multiplié n’était que du pain d’orge d’ici-bas, ce pain, tout le monde est capable d’en produire, c’est le pain qu’on mange tous les jours, c’est le pain qu’on fabrique dans toutes les maisons, ce n’est pas non plus un repas exceptionnel, il n’a d’exceptionnel, ce repas, que le fait d’avoir été fait pour tant de monde, de façon aussi rapide, il n’a d’extraordinaire ce repas, que de n’avoir été concocté sans qu’on n’ait eu à le réclamer, sans qu’on n’ait eu à le demander, sans qu’on n’ait rien eu à faire ! Il n’est pas extraordinaire, ce repas de pains et de poissons, ce n’est pas la manne, ce pain venu du ciel, ce pain que Moïse avait obtenu de Dieu au désert de l’Exode… Pour qui se prend ce Jésus qui ose comparer son repas terrestre, des poissons au bord d’un lac, du pain d’orge au bord de champs d’orge, pour qui se prend-il lui qui compare son repas avec celui que Moïse avait obtenu en plein désert, pour comparer du pain avec la manne venue de Dieu, directement…

Et il continue, Jésus, il leur dit : « Croyez en moi », il nous demande de croire en lui, et il ajoute cette fameuse phrase, ce fameux verset que nous connaissons si bien : « Moi, je suis le pain de vie! »

Voilà enfin la grande affirmation, au terme de ce long discours, au terme de ce long texte qu’on arrive à écouter, non sans remous, non sans se dire qu’il va tout de même un peu loin, il arrive enfin à cette grande affirmation, à ce grand moment, à ce qu’il avait gardé pour la fin, ce qu’il avait retenu pour le dire quand toutes les oreilles seraient attentives à ses paroles…

Alors que le livre de la Sagesse disait: « Ceux qui me mangent auront encore faim (Si 24,21) », Jésus, lui, peut affirmer: « Venez à moi, et vous n’aurez plus jamais faim; croyez en moi, et vous n’aurez plus jamais soif! »

Oui, vous qui avez faim d’autre chose que de pain, vous qui avez soif au-delà de tout ce qui est exprimable, ne vous contentez pas d’attendre de Jésus des nourritures ou des boissons périssables.

La clef de votre avenir, c’est lui, et lui seul ! C’est vers lui qu’il faut venir, et non plus vers le pain qu’il faut courir !

Amen

4 août 2012

la première mission des apôtres

Publié par papiercaillouciseaux dans Messages

Il est tard quand les apôtres reviennent auprès de Jésus après leur première mission. Il est tard et ils sont fatigués, exténués. Il est si difficile de se faire entendre, si compliqué d’instruire une foule qui ne leur laisse jamais le temps de souffler.

Il est tard quand les apôtres reviennent auprès de Jésus et ils aimeraient tant pouvoir passer un moment seuls avec leur maître, ils auraient tant besoin que celui-ci les relève, leur redonne la force, le courage de repartir le lendemain.  Ils aimeraient tant avoir un moment pour s’entretenir seul à seul avec lui…

Mais la foule est là, envahissante. La foule est là qui les empêche presque de rejoindre leur maître, qui les empêche presque de l’atteindre et de le retrouver. La foule se fait si pressante qu’ils n’ont plus le temps de manger, comme déjà plus tôt dans la journée. La foule est si pressante qu’il leur est impossible de se reposer ne serait-ce qu’un instant. La foule est si pressante qu’ils n’arrivent pas à penser à eux-mêmes, à leur foi, à ce qui les ressource…

Alors c’est Jésus qui pense à eux, comme ils ont pensé aux autres tout le jour avant eux. C’est Jésus qui pense à eux, aux besoins qu’ils peuvent avoir et ils les emmène à l’écart. Il les invite enfin à prendre ce temps pour eux, avec lui. Il les invite enfin à prendre ce temps dont ils ont tant besoin. Il les invite à se reposer. Après la foule, après les demandes, après tout ce qu’ils ont offert, c’est le temps pour eux d’un repos bien mérité.

En ce temps de congé, ce temps de vacances. Dans ces moments où nos villages paraissent bien vides, où la circulation est ralentie. Dans ces moments où on peut enfin se rendre dans les centres commerciaux sans risquer d’attendre des heures aux caisses, nous pouvons comprendre ce passage de l’Evangile du jour. Nous pouvons prendre ce temps de repos sur une vie qui se déroule à toute vitesse avec nous, malgré nous, souvent. Dans ce temps estival, Dieu veut nous inviter à nous reposer avec les apôtres, il nous invite à nous retirer de la foule qui nous assaille, il nous invite à prendre un temps pour nous, à penser à nous en nous éloignant du monde, de la foule, du stress, de nos vies qui nous courent après… mais pas de n’importe quelle manière. Il nous invite à nous retirer avec lui, à nous mettre à l’écart de nos préoccupations quotidiennes.

Il nous propose un temps tout comme son Père nous l’a offert avec le septième jour, il nous offre un temps de congé pour penser à lui. Un temps de congé avec lui. Du temps avec lui, pour l’écouter, méditer sa Parole, se nourrir de ses dons.  Par cette offre qu’il fait aux disciples, il nous rappelle que le vrai repos consiste en effet à se reposer en lui, en Dieu. C’est repos-là qui est le plus complet, c’est ce repos-là  qui est le plus important,  car il nous régénère dans notre corps, mais aussi dans notre esprit. Il nous redonne de la force pour avancer, pour reprendre nos vies faites de vitesse après la pause. Il nous donne le repos que nous prenons de toute façon avec les vacances, mais il se donne aussi lui, sa présence, sa force, sa tranquillité, son enseignement pour que nous puissions réellement nous ressourcer !

Jésus se retire donc à l’écart avec ses amis. Il les emmène, il les prend avec lui, il les amène en un lieu qui leur permette de respirer, de se ressourcer. Mais arrivés sur l’autre rive, la foule est à nouveau déjà là, à l’attendre.

Marc nous dit que Jésus est alors « saisi de pitié ». Un terme très fort. Toute la tendresse de Dieu monte à cet instant dans le cœur de Jésus. Jésus est saisi de pitié parce que ces gens qui accourent vers lui sont « comme des brebis sans berger ».

Jésus regarde donc avec pitié toutes ces brebis sans berger. Il se rappelle ce que Dieu avait dit à Jérémie : « 4 Je mettrai à leur tête de vrais bergers, grâce auxquels ils n’auront plus ni peur ni frayeur. Aucun d’eux ne manquera plus à l’appel. »  Le peuple d’Israël ne manquait pourtant pas de chefs, bien au contraire. Mais ce qui fait souffrir Jésus, c’est que ces chefs se comportent – comme le dit Jérémie  : « comme de misérables bergers qui laissent périr et se disperser les brebis de son pâturage ».

Dieu avait promis à Jérémie des pasteurs qui conduiraient les brebis esseulées… et c’est sur ces rives du lac de Galilée, que le peuple voit un jour cette promesse s’accomplir, et accourt vers Jésus. Cette foule est prête à se laisser conduire par la voix du Christ, le Bon Pasteur, le nouveau Messie…

Et que fait le Bon Berger, ce jour-là ? Dans un premier temps, il enseigne ; ce qui signifie qu’il nourrit d’abord leurs âmes de la Parole de Dieu. Il ouvre leurs esprits à la Vérité toute entière qui devient pour eux une source de Joie. Il met dans leurs cœurs l’Esprit qui donne la Vie, cet Esprit de Charité qui les réconcilie et les unit avec Dieu.

Et dans un deuxième temps, le bon berger, à la fin de la journée, prend soin aussi de leurs corps, et refait leurs forces en leur donnant à manger. C’est juste après dans le miracle de la multiplication des pains, qui vient attester que tout son enseignement précédent est Vérité.

Jésus est vraiment le nouveau Moïse, le nouveau messie, il offre à son peuple la Parole, le pain et les poissons, tout comme Moïse avait obtenu de Dieu la Loi, la manne et les cailles. Mais Jésus va plus loin. Il prépare la foule, ses fidèles à entrer dans un mystère d’amour d’une profondeur infinie : celui de son sacrifice. En effet, dans la Cène, Jésus refait avec nous la même chose que sur les rives de Galilée, mais la Parole qu’il nous enseigne, c’est Lui-même ; c’est lui qui se rend présent dans sa Parole, puisqu’il est la parole de Dieu. Et le Pain qu’il nous donne en nourriture, c’est lui, c’est son don à lui. Oui, à chaque moment où nous nous rappelons son dernier repas, Jésus vient réellement à notre rencontre, comme sur les rives de Galilée. Et c’est auprès de lui que nous trouvons le vrai repos de l’âme et du corps !

Vivre ainsi la Cène, c’est rejoindre avec les apôtres cette rive située au bord du cœur de Dieu, un rivage de tendresse et de miséricorde sur lequel le Seigneur nous invite tous à venir nous reposer. Ce vrai repos que désire Jésus pour nous, est donc avant tout un don de Dieu, qui se reçoit. C’est Jésus lui-même qui nous le dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. (…) Devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. » (Mt 11, 28-30)

C’est donc en lui, dans ce qu’il nous apporte que nous pouvons trouver en nous un cœur semblable au sien, pour qu’auprès de lui, nous puissions trouver ce repos que rien ne pourra venir troubler.

Amen

12345...10

Blog Officiel des Intellect... |
racineprofonde |
LIVRES ISLAM |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Gélasapolline62
| MEKTABA : LIBRA...
| SALSABIL hajj...